Des livres d’art à la photographie
Avant de fonder sa galerie, Clémentine de la Féronnière a longuement travaillé dans le monde du livre. Après des études de gestion à Dauphine, elle découvre l’édition de livres illustrés lors d’un stage aux éditions de la Martinière, une expérience qui la mènera à travailler pendant dix ans comme éditrice pour différentes maisons. Elle collabore notamment avec Somogy Édition d’art, où elle est chargée de produire les catalogues d’exposition pour des institutions comme le musée du Louvre. C’est un projet de bourse initié par Yann Arthus Bertrand, où elle est chargée des relations presse, qui marque sa rencontre décisive avec la photographie, en la mettant au contact direct des tirages et des photographes.
Cette passion pour l’image ne la quittera plus, nourrissant le désir d’aller au-delà du livre pour créer un lieu de rencontre.
La naissance d’une galerie
En 2011, Clémentine de la Féronnière saute le pas et ouvre sa propre galerie. Le projet démarre à un rythme mesuré : pendant les quatre premières années, elle n’organise qu’une seule exposition par an, souvent accompagnée d’un livre, tout en continuant son activité d’éditrice indépendante pour financer le développement de la galerie. D’abord nomade, trouvant des espaces à louer ponctuellement, la galerie s’installe dans son lieu permanent en mars 2016. Cette stabilité permet d’accélérer le rythme, avec environ six expositions par an. En parallèle, son activité d’édition se structure et grandit pour devenir la maison d’édition Maison CF, qui publie aujourd’hui de nombreux titres, y compris pour des artistes non représentés par la galerie.
La galerie et la maison d’édition se nourrissent mutuellement, l’une offrant une vitrine physique, l’autre une trace pérenne du travail des artistes.
Tisser des liens, soulever des montagnes
Le cœur du métier de galeriste, selon Clémentine de la Féronnière, est l’accompagnement des artistes et la relation avec les collectionneurs. Elle illustre cette démarche avec le photographe ghanéen James Barnor, dont la galerie gère aujourd’hui les archives, prépare une thèse et organise des expositions dans des institutions internationales prestigieuses. Ce travail de fond montre comment le rôle de la galerie s’adapte aux besoins de chaque artiste. Les collectionneurs sont l’autre pilier essentiel. Plus que de simples acheteurs, ils sont des soutiens, des prescripteurs et une source de motivation. « Quand un collectionneur dit quelque chose comme ça, c’est vraiment marquant », confie-t-elle en évoquant les encouragements de Damien Bachelot.
Malgré les défis, comme l’annulation de foires majeures comme Paris Photo, elle reste confiante, portée par une communauté solide et de nouvelles dynamiques, notamment la vente en ligne de livres photo.
Défendre le livre photo
Très attachée à l’objet livre, Clémentine de la Féronnière s’est engagée dans la défense de l’édition photographique en France. Elle est co-fondatrice du Photo Book Social Club, devenu depuis France Photobook, une association qui fédère les éditeurs pour leur donner plus de visibilité et défendre les spécificités de leur métier. Elle explique que le livre de photographie a un statut particulier, entre l’art et l’édition traditionnelle, avec des coûts de production élevés qui mobilisent un écosystème de savoir-faire exceptionnel, du photograveur à l’imprimeur. Pour elle, préserver ce savoir-faire français, incarné par des entreprises comme l’imprimerie des Deux-Ponts, est un enjeu culturel majeur.
Cet engagement associatif complète son travail de galeriste et d’éditrice, formant un écosystème cohérent au service de la photographie.
Pour aller plus loin
Les références de l’épisode
- Personnes : Yann Arthus Bertrand, James Barnor, Baudouin, Mounem Vassif, Marco Barbon, Damien Bachelot, Nelly Riddle, Christine Barth, Hans Ulrich Obrist, Gilles Favier, Mathieu Kassovitz, Vincent Perrotet, JR, Martin Parr, Christine Ollier, Guillaume Zully, Flore, Adrien Boyer, Juliette Agniel.
- Organisations : Galerie Clémentine de la Féronnière, Maison CF, Éditions de la Martinière, Somogy Édition d’art, Tachem, Faydon, Agence Altitude, Musée du Louvre, Musée du Quai Branly, Serpentine Gallery, Paris Photo, Photo Book Social Club (France Photobook), Comité des galeries d’art, Syndicat national de l’édition, CNAP (Centre national des arts plastiques), Imprimerie des Deux-Ponts, Éditions Xavier Barral.
- Événements et projets : Bourse 3P, Photoquai, Biennale de Bamako, Fondation Nubuke (Accra), Festival Le Chant des Impossibles, Prix Niépce.
- Œuvres : 75 parisienne (livre).
Au fil de l’épisode
- Le quotidien d’une galeriste : accompagner les artistes et les présenter au public, aux collectionneurs et aux institutions.
- Son parcours : des études de gestion à Dauphine à ses débuts dans l’édition de livres d’art chez La Martinière et Somogy.
- La découverte de la photographie grâce à un projet de bourse de Yann Arthus Bertrand.
- La naissance du désir de créer un lieu pour les photographes et les amateurs d’art.
- La création de la galerie en 2011, avec un rythme d’une exposition et d’un livre par an les premières années.
- L’installation dans un lieu fixe en 2016, permettant d’intensifier l’activité.
- Le développement en parallèle de sa maison d’édition, rebaptisée Maison CF.
- La manière de nouer des relations avec les artistes, entre démarchage et sollicitations.
- L’importance cruciale des collectionneurs, du cercle proche aux grands collectionneurs prescripteurs comme Damien Bachelot.
- Le rôle des institutions et de la presse dans la reconnaissance de la galerie.
- Le modèle économique de la galerie, partagé entre les ventes aux collectionneurs et aux institutions.
- Le succès de la vente en ligne de livres photo via l’e-shop de Maison CF.
- La constitution de son équipe au fil des années.
- L’exemple du travail de fond mené avec le photographe James Barnor : gestion d’archives, digitalisation, thèse et expositions internationales.
- Comment se construit un réseau de curateurs et de chercheurs autour de l’œuvre d’un artiste.
- L’impact de l’annulation des foires comme Paris Photo, un moment commercial et de networking essentiel.
- La transformation du secteur et les nouvelles opportunités nées de la crise.
- Son engagement associatif avec France Photobook pour défendre le livre photo français.
- Les spécificités économiques et culturelles du livre de photographie.
- L’importance de préserver les savoir-faire français, comme celui de l’imprimerie des Deux-Ponts.
- Sa vie personnelle, intimement liée à la galerie située sous son domicile.
- Conseils aux photographes : prendre le temps d’expérimenter pour trouver sa propre écriture.
- Conseils aux futurs galeristes : se fier à son instinct et à sa personnalité.
- Les projets à venir : une exposition spéciale pendant la semaine de Paris Photo et l’ouverture d’une annexe dédiée à la maison d’édition.
FAQ
Qui est Clémentine de la Féronnière ?
Clémentine de la Féronnière est la fondatrice de la galerie de photographie qui porte son nom à Paris, ainsi que de la maison d’édition Maison CF. Issue du monde de l’édition de livres d’art, où elle a travaillé pour des maisons comme La Martinière, elle a ouvert sa galerie en 2011. Son travail consiste à accompagner une douzaine d’artistes, à promouvoir leur œuvre auprès des collectionneurs et des institutions, et à publier des livres photo.
Qu’est-ce que la galerie Clémentine de la Féronnière ?
Fondée en 2011, c’est une galerie d’art parisienne spécialisée en photographie. Elle représente des photographes aux écritures variées et organise environ six expositions par an dans son espace permanent depuis 2016. La galerie se distingue par un accompagnement très complet de ses artistes, qui va de la production d’expositions à la gestion d’archives et au développement de projets internationaux, comme pour le photographe James Barnor.
Pourquoi le livre photo est-il si important dans son travail ?
Le livre est au cœur de la démarche de Clémentine de la Féronnière, en raison de son parcours initial dans l’édition. Elle considère le livre comme la trace la plus pérenne du travail d’un photographe. C’est pourquoi elle a créé sa propre maison d’édition, Maison CF, pour accompagner ses expositions. Elle est également co-fondatrice de l’association France Photobook, qui œuvre à la reconnaissance et à la défense de l’écosystème du livre photo en France.
Comment travaille-t-elle avec les artistes comme James Barnor ?
Sa collaboration avec les artistes va bien au-delà de la simple exposition. Avec le photographe ghanéen James Barnor, par exemple, la galerie mène un travail de fond : elle a récupéré et gère ses archives, a mis en place des outils de digitalisation, soutient une thèse universitaire sur son œuvre et organise des expositions rétrospectives dans de grands musées internationaux. C’est un partenariat sur le long terme visant à faire reconnaître l’importance historique de l’artiste.
Quel est le rôle des collectionneurs pour une galerie ?
Les collectionneurs sont un pilier fondamental pour la galerie. Ils représentent environ la moitié des acquisitions d’œuvres et assurent ainsi une part importante de sa stabilité économique. Mais leur rôle est aussi moral et relationnel : ils nourrissent le travail de la galeriste par leurs échanges, la motivent par leur soutien et participent activement à la vie de la galerie, créant une véritable communauté autour des artistes et des projets.

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