Des débuts par passion
Né à Compiègne, Maximilien Steinberg découvre la photographie à l’adolescence, lors de voyages, mais c’est le cinéma qui l’attire d’abord. Après un BTS audiovisuel, il s’installe un agrandisseur dans sa petite salle de bain parisienne et se prend de passion pour le tirage noir et blanc, initié par l’ami photographe d’une cousine. Ses participations à des concours photo l’amènent à rencontrer des responsables de chez Kodak. Alors qu’il enchaîne les piges comme intermittent, ces derniers lui proposent, à sa grande surprise, d’ouvrir une boutique sous leur enseigne. Malgré ses réticences à devenir commerçant, il est séduit par l’opportunité et se lance, très accompagné par la marque.
En février 2003, il ouvre sa franchise Kodak Express, un peu dépassé par la situation mais déterminé à créer un lieu d’échange, loin de l’anonymat des grands laboratoires de l’époque.
Le virage de l’argentique
Les premières années sont difficiles. Le modèle économique des bornes de tirage numérique, sur lequel Kodak misait, est rapidement balayé par l’essor d’internet. Dès 2004-2005, Maximilien Steinberg doute de l’avenir de son commerce. Paradoxalement, son salut vient du déclin même de l’argentique. Alors que les grandes enseignes comme la FNAC arrêtent de proposer le développement de pellicules, il récupère leur clientèle. En captant les photographes délaissés par les grands réseaux et les laboratoires qui ferment, il parvient à maintenir son activité à flot.
« J’ai réussi à tenir quelques années comme ça en récupérant la clientèle à droite à gauche de photographes qui fermaient, qui partaient à la retraite, de grandes enseignes qui arrêtaient. »
Une association décisive
En 2008, un tournant s’opère avec l’arrivée d’Olivier Lepetit, un ami d’enfance au parcours similaire. Ce dernier, après avoir tenté de monter son propre laboratoire, rejoint Maximilien Steinberg, qui a besoin d’aide pour faire face à la charge de travail. Ils s’associent et sont toujours ensemble aujourd’hui. Olivier Lepetit lui fait découvrir l’univers de la Lomography, une pratique photographique qui utilise des appareils en plastique et célèbre les défauts de l’image, comme les fuites de lumière ou les doubles expositions. D’abord sceptique, Maximilien Steinberg comprend vite la force de cette esthétique, qui renoue avec l’imaginaire affectif des photos d’enfance.
Ensemble, ils développent une communauté de passionnés en organisant des concours photo, posant les bases de la future croissance de Nation Photo.
La croissance de Nation Photo
Le succès est tel que les boutiques de Nation puis de Châtelet, ouverte au culot, deviennent trop petites. Face à l’afflux constant de clients, l’équipe s’agrandit, passant d’une personne à une dizaine par boutique. Il y a deux ans, pour faire face à la demande et travailler dans de meilleures conditions, ils franchissent une nouvelle étape en ouvrant un grand local de 400 m² dans le 20e arrondissement, dédié à la production. L’entreprise compte aujourd’hui 25 salariés, tous passionnés de photo argentique, aux profils très variés : anciens kinés, galeristes ou experts en marketing.
Cette passion partagée est, selon Maximilien Steinberg, l’une des clés de leur relation avec une clientèle qui a elle aussi beaucoup évolué, passant de trentenaires créatifs à des jeunes de 15 à 16 ans.
Les défis d’un marché de niche
Pérenniser une telle activité n’est pas sans difficultés. Le principal défi est technique : les machines de développement et de tirage sont vieillissantes, les fabricants ont cessé leur production et le support est quasi inexistant. Maximilien Steinberg a dû se former sur le tas pour réparer des pannes complexes, allant jusqu’à importer une quinzaine de machines du Japon pour les démonter et en reconstruire des fonctionnelles. Cette débrouillardise est devenue une nécessité, nourrie par une communauté mondiale d’entraide entre techniciens et anciens ingénieurs.
Le dernier projet en date illustre cette fuite en avant : face à la pénurie de scanners de films, Nation Photo s’est lancé, avec une équipe d’étudiants, dans la conception et la fabrication de son propre scanner. Une nouvelle aventure pour assurer l’avenir du métier.
Les références de l’épisode
- Personnes : Olivier Lepetit, Diamantino, les frères Fresson.
- Marques et entreprises : Nation Photo, Kodak (Kodak Express), Akfa, FNAC, Photostation, Photoservice, Lomography, Négatif Plus.
- Lieux : Compiègne, Paris (11e, 20e, Châtelet, Nation, rue des Lombards, Féderme Chalini), Viau, Finlande, Berlin.
- Équipement et techniques : appareil photo Hasselblad, logiciel Photoshop, tirages au charbon (Atelier Fresson).
- Formations et événements : BTS audiovisuel, photo-walks.
Au fil de l’épisode
- Ses débuts avec la photographie à l’adolescence et sa passion pour le tirage noir et blanc durant ses études de cinéma.
- Sa rencontre avec les équipes de Kodak et l’opportunité d’ouvrir une franchise en 2003.
- Les difficultés des premières années (2004-2005) face à l’échec des bornes de tirage numérique.
- Comment il a survécu en récupérant la clientèle argentique des grandes enseignes qui abandonnaient ce service.
- L’arrivée de son ami d’enfance Olivier Lepetit en 2008 et la création de leur association.
- La découverte de la Lomography et son impact sur l’esthétique et la clientèle du laboratoire.
- La construction d’une communauté à travers des concours et des événements.
- L’ouverture d’une deuxième boutique à Châtelet et la gestion de la croissance.
- Le déménagement de la production dans un grand espace de 400 m² dans le 20e arrondissement.
- Le profil des 25 salariés de Nation Photo, tous passionnés venus d’horizons très divers.
- L’évolution de la clientèle, de plus en plus jeune, et ses théories sur ce regain d’intérêt pour l’argentique.
- Les défis techniques liés aux machines vieillissantes et au manque de pièces détachées.
- L’organisation de « photo-walks » en partenariat avec Kodak pour animer la communauté.
- Le projet de concevoir et fabriquer leurs propres scanners de films pour pallier la pénurie de matériel.
- Ses conseils aux entrepreneurs qui souhaitent se lancer, insistant sur l’investissement personnel et l’importance de bien s’entourer.
- L’importance de l’équipe et de l’aventure humaine dans le succès de Nation Photo.
FAQ
Qui est Maximilien Steinberg ?
Maximilien Steinberg est le fondateur et dirigeant du laboratoire parisien Nation Photo. Passionné de photographie, il a débuté en 2003 en ouvrant une franchise Kodak Express. Face au déclin de l’argentique dans les grands réseaux, il a fait le pari de se spécialiser dans le développement de pellicules, transformant sa petite boutique en une entreprise qui compte aujourd’hui 25 salariés, deux magasins et un grand site de production.
Qu’est-ce que Nation Photo ?
Nation Photo est un laboratoire photographique basé à Paris, spécialisé dans le développement et le tirage de pellicules argentiques. Fondé par Maximilien Steinberg, il dispose de deux boutiques pour accueillir le public (à Nation et Châtelet) et d’un atelier de production de 400 m². L’entreprise est reconnue pour son expertise et son rôle central dans la communauté des photographes argentiques, notamment auprès d’un public jeune.
Pourquoi la photographie argentique connaît-elle un regain d’intérêt ?
Selon Maximilien Steinberg, ce retour est porté par une jeune génération en quête d’une pratique plus tangible et déconnectée. Il y voit plusieurs raisons : une forme de défiance envers les réseaux sociaux et le désir de préserver sa vie privée, le plaisir d’utiliser un objet dédié uniquement à la photo, et la volonté de garder une trace physique de ses souvenirs, à l’abri des pannes de disque dur ou de téléphone.
Quels sont les principaux défis pour un laboratoire argentique aujourd’hui ?
Le défi majeur est d’ordre technique. Les machines nécessaires au développement et au tirage sont anciennes, ne sont plus fabriquées et les pièces détachées sont rares. Cela oblige les laboratoires comme Nation Photo à faire preuve d’une grande ingéniosité pour entretenir et réparer leur matériel, parfois en important et en reconstruisant des machines d’occasion. La pérennité de l’équipement est une préoccupation constante.
Qui est Olivier Lepetit ?
Olivier Lepetit est l’ami d’enfance et l’associé de Maximilien Steinberg chez Nation Photo depuis 2008. Il a joué un rôle clé dans le développement de l’entreprise, notamment en introduisant l’univers de la Lomography. Au sein de leur duo, il est décrit comme étant plus tourné vers l’opérationnel, la gestion des équipes et le contact humain dans les boutiques.

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