Un parcours, de la presse à la voile
Benoît Baume retrace son parcours, de ses études à Sciences Po Lyon et en journalisme à Salzbourg, à ses premières expériences professionnelles à Libération et au Nouvel Observateur. Il raconte un tournant majeur de sa carrière : son départ pour la Nouvelle-Zélande à 21 ans pour travailler sur la Coupe de l’America. En charge du « brand content », il se retrouve à gérer une équipe de dix personnes et découvre le monde des photographes au moment charnière du passage de l’argentique au numérique. C’est là que naît sa fascination, moins pour la photographie elle-même que pour la personnalité des photographes.
De retour en France, il travaille une dizaine d’années pour Image Magazine, un titre consacré à la photographie contemporaine, dont il devient directeur de la rédaction.
La naissance de Fisheye
Frustré par la ligne éditoriale d’Image Magazine, qu’il juge trop classique et dépendante des institutions traditionnelles (festivals, musées, éditeurs), Benoît Baume sent le besoin de créer un média en phase avec son temps. Il observe l’émergence de nouveaux auteurs sur des plateformes comme Instagram, qui acquièrent une légitimité en dehors des circuits établis. Il décide alors de partir pour lancer son propre projet. « Il fallait pour moi une disruption à ce niveau-là », explique-t-il.
Il démissionne en décembre 2012 et lance officiellement Fisheye en février 2013. Le premier numéro sort en kiosque le 18 juin 2013, avec une mission claire : mettre en avant les nouveaux talents et repenser le modèle du magazine photo, encore ancré dans une logique héritée de l’argentique.
Bâtir un écosystème
Le magazine trouve rapidement son public, une communauté de professionnels et d’amateurs de 25 à 40 ans, intéressés par la photographie, le design et le graphisme. Le succès repose aussi sur une forte présence numérique, avec un site web et un compte Instagram qui fédère une large audience, notamment grâce au hashtag #FisheyeMag. La formule, un bimestriel au prix très accessible, permet de toucher une nouvelle génération de lecteurs, parfois peu habituée à la presse papier.
Convaincu qu’un média ne peut survivre uniquement grâce aux ventes et à la publicité, Benoît Baume diversifie très tôt les activités de Fisheye. L’entreprise se lance dans la création de contenu pour des marques (Fnac, Darty), la production d’expériences en réalité virtuelle (pour le Palais de Tokyo ou BMW), la gestion de comptes Instagram (Leica, Ruinard) ou encore la production photo et vidéo. Cette stratégie permet de garantir l’indépendance éditoriale du magazine.
La galaxie Fisheye
Au fil des ans, Fisheye devient une véritable galaxie. Une galerie est ouverte à Paris, puis une seconde à Arles, dans les locaux de l’ancien Magasin de Jouets. L’entreprise organise le VR Arles Festival et participe aux grandes foires internationales comme Paris Photo. Un incubateur est également créé pour accompagner des start-ups innovantes dans le secteur de la culture et de l’image. « Notre projet, c’est de dire, OK, on est en relation avec des auteurs, on les met en avant, on les valorise », résume Benoît Baume.
Il insiste sur l’importance du collectif dans cette aventure, menée avec son associé Tom Benenus et une équipe d’environ 25 personnes. Cette structure agile permet d’explorer de nouvelles pistes, mais aussi de savoir arrêter des projets, comme une version chinoise du magazine confrontée à la censure.
La photographie à l’ère numérique
Pour Benoît Baume, l’impact majeur du numérique ne réside pas tant dans la technologie de capture que dans les nouveaux modes de diffusion offerts par Internet. Cette révolution a permis l’explosion de la photographie documentaire, un genre hybride entre le reportage et une approche personnelle, et a fait émerger des talents du monde entier. Il observe aussi la montée d’une photographie « conversationnelle », souvent éphémère, mais qui participe à une éducation globale de l’œil du public.
Il estime que cette éducation à l’image, qui se fait aujourd’hui de manière informelle, est un enjeu de société majeur. Le grand défi, selon lui, est désormais de réussir à transmettre l’émotion d’un tirage physique à travers les outils numériques. « Comment est-ce qu’on transmet l’émotion ? Ça c’est pour moi un des enjeux majeurs. »
Pour aller plus loin
Les références de l’épisode
- Personnes : Eric Carsanti, Tom Benenus, Jacques Rocher, Jean-Luc Monterrosso, Sam Stonze, Liu Bolin, Louis Daguerre, Nicéphore Niépce, François Arago.
- Marques et entreprises : Fisheye, Libération, Le Nouvel Observateur, Fnac, Darty, BMW, Guerlain, Ruinard, Leica, Orange, RATP, Acast.
- Médias et plateformes : Image Magazine, Instagram, Facebook, Snapchat, TikTok, Arte.
- Lieux et institutions : Sciences Po Lyon, Coupe de l’America, Rencontres d’Arles, Paris Photo, Photo London, Mia Photo, Unseen Amsterdam, Festival de la Gacilly, Maison Européenne de la Photographie (MEP), Jeu de Paume, Le Louvre, Palais de Tokyo, Académie des sciences, Le Magasin de Jouets (Arles).
- Projets : VR Arles Festival, Paris Expérience Photographique (PEP).
Au fil de l’épisode
- Le parcours de Benoît Baume, de ses études à son expérience fondatrice sur la Coupe de l’America en Nouvelle-Zélande.
- La naissance de sa passion pour les photographes durant la transition de l’argentique au numérique.
- Ses dix années passées au sein du magazine Image Magazine.
- Les raisons de son départ : une ligne éditoriale jugée trop classique face à l’émergence de nouveaux auteurs sur internet.
- La création très rapide de Fisheye en 2013 pour disrupter le modèle de la presse photo.
- La ligne éditoriale du magazine et le profil de son lectorat.
- Le succès de la communauté en ligne, notamment via le hashtag #FisheyeMag.
- La stratégie de diversification pour assurer l’indépendance financière du titre.
- Les activités de création de contenu pour des marques comme Fnac ou Darty.
- L’exploration des technologies immersives et de la réalité virtuelle (VR).
- La création du VR Arles Festival et de la Fisheye Galerie à Paris et Arles.
- Les autres activités de la galaxie Fisheye : gestion de comptes Instagram et production photo-vidéo.
- L’importance du travail d’équipe et de la prise de décision collective.
- Le modèle économique de Fisheye : une entreprise indépendante et rentable depuis ses débuts.
- Le lancement d’un incubateur pour les start-ups du secteur culturel.
- L’échec de la version chinoise de Fisheye, confrontée à des problèmes de censure.
- Son analyse de l’impact du numérique : l’importance de la diffusion sur la technologie de capture.
- L’explosion de la photographie documentaire et de la photo « conversationnelle ».
- Le besoin d’une « éducation à l’image » pour le grand public.
- Les projets en cours, comme le festival Paris Expérience Photographique (PEP) avec la RATP.
- Son intérêt pour les nouvelles plateformes émergentes comme TikTok.
- L’équilibre personnel qu’il trouve dans la pratique intensive du judo.
- Ses conseils aux photographes et entrepreneurs : être fidèle à soi-même et apporter de la nouveauté.
- L’enjeu futur de la photographie : réussir à transmettre l’émotion d’une œuvre à travers les outils numériques.
- Son plaidoyer pour un meilleur soutien aux photographes, souvent oubliés des aides à la culture.
FAQ
Qui est Benoît Baume ?
Benoît Baume est le fondateur de l’écosystème Fisheye. Journaliste de formation passé par Libération, il a créé le magazine Fisheye en 2013 avec l’ambition de mettre en avant une nouvelle génération de photographes. Entrepreneur, il a ensuite diversifié ses activités pour construire une structure complète autour de l’image, incluant une galerie d’art, un incubateur de start-ups et des projets d’ingénierie culturelle.
Qu’est-ce que Fisheye ?
Fisheye est un écosystème dédié à la photographie contemporaine. Initialement un magazine papier bimestriel lancé en 2013, le projet s’est largement développé. Il comprend aujourd’hui un site web influent, une galerie d’art à Paris et Arles, un incubateur de start-ups culturelles, et une agence qui produit du contenu, des expositions et des expériences immersives pour des marques et des institutions.
Pourquoi Benoît Baume a-t-il créé Fisheye ?
Il a créé Fisheye par frustration face au classicisme des magazines photo existants. Il constatait que de nombreux talents émergeaient en dehors des circuits traditionnels, notamment grâce à internet, mais peinaient à trouver une visibilité. Son objectif était de créer un média qui reflète ces nouvelles dynamiques et donne leur chance à des auteurs non encore adoubés par les institutions du monde de l’art.
Quelle est la vision de Benoît Baume sur la photographie numérique ?
Selon lui, le principal impact du numérique n’est pas la technologie de prise de vue, mais la facilité de diffusion des images via internet. Cela a permis l’émergence mondiale de nouveaux auteurs et a fait exploser le champ de la photographie documentaire. Il note aussi le développement d’une photographie « conversationnelle », mais souligne surtout l’importance croissante d’une éducation à l’image pour le grand public.

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