Structurer le monde de la photo
Avant de devenir galeriste, Françoise Paviot a commencé sa carrière à la Documentation française dans les années 70, alors qu’elle terminait ses études de linguistique. Elle y a été très tôt chargée de la gestion des collections photographiques, un domaine alors en pleine structuration. Avec Geneviève Thuzed, elle met en place un réseau national des responsables de fonds photographiques, baptisé Interphotothèque, pour répondre aux problématiques de conservation, de droit d’auteur et de classement. Ce travail pionnier a permis de créer des outils concrets, comme un guide sur la conservation, des contrats types pour les commandes publiques, et même la première chambre froide institutionnelle. Elle raconte comment, à l’époque, le métier de photographe n’était pas reconnu dans la fonction publique, obligeant les administrations à des subterfuges administratifs pour les rémunérer décemment.
Ce travail de fond a aussi consisté à recenser les collections photographiques en France et à créer l’une des premières bases de données informatisées pour retrouver des images, un outil précieux pour les iconographes et les chercheurs.
La naissance d’un marché
Après un passage de cinq ans au Centre Pompidou où elle s’occupe de la gestion des fichiers d’adhérents, une expérience qui lui apprend la rigueur, Françoise Paviot rejoint en 1995 son mari, Alain Paviot, pour donner une nouvelle dimension à sa galerie. Elle revient sur le parcours de ce dernier, arrivé à Paris sans argent et devenu l’un des acteurs majeurs du marché de la photographie. Elle décrit le contexte des années 70 et 80, une période charnière où un petit groupe de marchands et d’historiens, dont son mari, a saisi l’importance des tirages des pionniers du XIXe siècle. C’est l’époque de la redécouverte de trésors comme la mission héliographique et les œuvres de Gustave Le Gray ou Édouard Baldus, souvent retrouvés dans des greniers.
« On s’est aperçu que la photographie était un outil, un médium, quelque chose d’important et donc qu’il fallait s’en préoccuper. » Pour Françoise Paviot, ce marché naissant n’était pas qu’une affaire financière, mais le fruit d’un réel intérêt esthétique et historique, et d’un goût qui s’éduque avec le temps.
Défendre les artistes, un engagement
Au sein de la galerie, Françoise Paviot et son mari se répartissent les rôles selon leurs affinités, elle se chargeant davantage de la communication. Si la galerie s’est d’abord fait connaître par la photographie ancienne, elle s’est progressivement tournée vers des figures modernes comme Atget, Brassaï ou Moholy-Nagy, puis vers des artistes contemporains. Le critère de sélection n’a jamais été la mode, mais un « réel, sincère intérêt » et l’envie de défendre des images. Cette philosophie les a parfois conduits à monter des expositions exigeantes qui n’ont rencontré aucun succès commercial immédiat, comme celles consacrées à Frederick Sommer ou Aaron Siskind. « On n’a jamais ressenti ça comme un échec », confie-t-elle, car le plaisir de montrer des œuvres qui leur tenaient à cœur primait.
Elle souligne la difficulté de travailler avec des artistes vivants, car l’enjeu n’est plus seulement de vendre une œuvre, mais de leur permettre de vivre. Pour elle, le rôle d’une galerie est aussi celui d’un agent, qui doit chercher des commandes, des bourses et faire connaître le travail auprès des institutions.
Transmettre et rester créative
Aujourd’hui, Françoise Paviot cherche à se concentrer sur les aspects les plus créatifs de son métier : le commissariat d’expositions, l’écriture de textes et surtout l’enseignement, notamment à l’IESA, qui lui apporte beaucoup. Le contact avec les étudiants la stimule et l’oblige à renouveler constamment son approche. Elle évoque le succès de l’exposition « We were five » qu’elle a montée pour les Rencontres d’Arles, un projet mené entièrement à distance grâce à son réseau. Elle confie son désir de se délester des tâches administratives et de la gestion chronophage des emails pour se consacrer à ce qui a du sens. « On n’est pas artiste mais on est créatif, on est créateur de quelque chose, d’un sens, d’une vision. »
Lucide sur la précarité du secteur, elle cite un rapport de la Maison des Artistes indiquant que seuls 5 % des artistes plasticiens en France vivent de leur production. Une réalité qui renforce sa conviction que le soutien aux créateurs est un combat essentiel.
Les références de l’épisode
- Personnes : Geneviève Thuzed, Anne Cartier-Bresson, Claude Fourteau, Alain Paviot, Harry Lunn, Gérard Lévy, Gustave Le Gray, Édouard Baldus, Charles Nègre, Charles Marville, Eugène Atget, László Moholy-Nagy, Brassaï, Raymond Hains, Frederick Sommer, Aaron Siskind, Philippe Broussard, Alain Fleischer.
- Institutions et lieux : La Documentation française, Centre Pompidou, Interphotothèque, Rencontres d’Arles, Palais des Beaux-Arts de Lille, Maison des Artistes, IESA, École du Louvre, France Culture.
- Œuvres et expositions : Mission héliographique, exposition « We were five » (Arles), exposition « Comment devient-on artiste ? » (Lille).
Au fil de l’épisode
- Son parcours universitaire en linguistique et ses débuts à la Documentation française.
- La gestion des collections photographiques dans les années 70 : conservation, droit, classement.
- La création d’Interphotothèque, un réseau pour les responsables de fonds photographiques.
- Les premières initiatives pour la conservation des photographies, comme la création d’une chambre froide.
- Le combat pour la reconnaissance du statut de photographe dans la fonction publique.
- Le recensement des collections photographiques en France et la création d’une base de données.
- Son passage au Centre Pompidou et l’importance de la rigueur dans la gestion des fichiers.
- Sa décision de rejoindre son mari Alain Paviot en 1995 pour développer la galerie.
- Le parcours d’Alain Paviot, pionnier du marché de la photographie en France.
- Le contexte de la redécouverte des photographes du XIXe siècle dans les années 70-80.
- La recherche de tirages d’époque, parfois trouvés dans des greniers.
- L’éducation de l’œil pour apprendre à apprécier la photographie ancienne.
- La répartition des tâches au sein de la galerie et l’évolution de leur ligne artistique.
- Leur philosophie : défendre des œuvres par conviction, au-delà du succès commercial.
- Les expositions consacrées à Frederick Sommer ou Aaron Siskind, peu vendues mais importantes pour eux.
- La structure modeste de la galerie, gérée principalement par le couple.
- Le rôle du galeriste comme agent pour aider les artistes contemporains à vivre de leur art.
- La réalité économique des artistes, avec la citation d’un rapport de la Maison des Artistes.
- Le partage des revenus sur les ventes (50/50 après déduction des frais de production).
- Ses autres passions : le piano, la recherche et le commissariat d’exposition.
- L’exemple de l’exposition « We were five » aux Rencontres d’Arles.
- Son souhait de se concentrer sur les aspects créatifs de son métier et sur la transmission.
- Le plaisir d’enseigner à l’IESA et le rapport stimulant avec les étudiants.
- La difficulté de ne pas se laisser envahir par la gestion des emails.
- Sa vision de la créativité, qui n’est pas réservée aux seuls artistes.
FAQ
Qui est Françoise Paviot ?
Françoise Paviot est une galeriste parisienne spécialisée en photographie. Après des débuts dans des institutions publiques comme la Documentation française et le Centre Pompidou, elle a rejoint son mari Alain Paviot en 1995 pour co-diriger la Galerie Françoise Paviot. Elle y défend aussi bien les pionniers de la photographie du XIXe siècle que des artistes modernes et contemporains, avec un fort engagement pour le soutien à la création.
Comment est né le marché de la photographie d’art en France ?
Selon Françoise Paviot, le marché de la photographie s’est structuré en France dans les années 1970-1980. Un petit groupe de marchands, d’historiens et d’institutions a pris conscience de la valeur historique et esthétique des tirages anciens. Ce mouvement a été marqué par la redécouverte des grands photographes du XIXe siècle, comme ceux de la mission héliographique (Le Gray, Baldus), dont les œuvres étaient alors parfois retrouvées dans des greniers.
Quel a été le rôle de la Documentation française pour la photographie ?
Dans les années 70, la Documentation française a joué un rôle pionnier dans la professionnalisation du secteur photographique. Françoise Paviot y a participé à la création d’un réseau national (Interphotothèque) pour aider les institutions à gérer leurs collections. Ce travail a permis de mettre en place des standards de conservation, de réfléchir au droit d’auteur et de faire reconnaître le statut professionnel des photographes au sein de la fonction publique.
Quelle est la philosophie de la Galerie Françoise Paviot ?
La galerie est animée par un intérêt sincère pour les œuvres et les artistes, loin des logiques de mode. Françoise et Alain Paviot ont toujours défendu des photographes en qui ils croyaient, quitte à monter des expositions sans succès commercial immédiat. Pour les artistes contemporains, la galerie adopte un rôle d’agent, cherchant à les soutenir activement en trouvant des commandes, des bourses et une reconnaissance institutionnelle pour leur permettre de vivre de leur art.
Selon Françoise Paviot, est-il difficile pour un artiste de vivre de son art ?
Oui, elle souligne la grande précarité des artistes. Elle cite un rapport de la Maison des Artistes qui révèle que seuls 5 % des artistes plasticiens en France vivent uniquement de leur production artistique. La majorité doit compléter ses revenus par d’autres activités ou des aides sociales. C’est pourquoi elle considère que le soutien financier aux artistes contemporains, notamment en modulant la part de la galerie sur les ventes, est une part essentielle de son travail.

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