Portrait de Cécile Poimboeuf-Koizumi, éditrice et cofondatrice de la maison d'édition de livres photo Chose Commune

#10 Cécile Poimboeuf-Koizumi (Chose Commune)

D’une culture à l’autre

Née en 1987 d’une mère japonaise et d’un père français, Cécile Poimboeuf-Koizumi a grandi principalement en Asie, dans un environnement biculturel qui a profondément marqué son parcours. De retour en France pour ses études supérieures, elle se lance dans un double master en japonais et en chinois, sans projet professionnel défini mais avec une forte appétence pour les arts. C’est un stage au musée de la photographie de Tokyo qui agit comme un déclic : elle décide de travailler dans ce secteur. Sans formation en histoire de l’art, elle adopte une approche « à l’anglo-saxonne », construisant son expérience pas à pas, à travers des stages en galerie à Londres, puis des postes à la FNAC et à l’agence Vue à Paris.

Elle raconte ses débuts, parfois difficiles dans un milieu où les diplômes spécialisés sont souvent la norme, et l’importance du réseau qu’elle a su tisser au fil de ses expériences.

La naissance de Chose Commune

L’aventure Chose Commune naît d’une rencontre et d’une nécessité. Le photographe Vassanta Yogan Anton, peinant à trouver un éditeur pour son premier travail, s’associe à elle pour créer leur propre structure. L’idée est simple : faire les choses comme ils l’entendent, avec une vision claire du projet. La maison est lancée en 2014, d’abord sous un statut associatif avec quelques amis apportant leurs compétences. Ce n’est alors pas envisagé comme une activité principale, mais le projet prend de l’ampleur. En 2016, la structure évolue en SARL, avec Cécile Poimboeuf-Koizumi et Vassanta Yogan Anton comme seuls associés.

Le nom, « Chose Commune », est tiré de l’expression latine res communis, qui désigne un bien commun, inaccessible à l’appropriation. Il reflète leur vision du livre comme un objet démocratique, destiné à circuler.

L’art d’éditer un livre

Cécile Poimboeuf-Koizumi explique les particularités qui font la force de sa maison d’édition. La première est son autonomie : Chose Commune est auto-diffusée dans le monde entier, à l’exception du Japon et des États-Unis. Ce choix, bien que représentant une charge de travail considérable, lui permet de tisser des liens directs et forts avec les libraires. Il conditionne aussi un modèle économique basé sur l’achat ferme, sans possibilité de retour, une pratique rare dans l’édition qui assure une meilleure stabilité financière. Le processus de création d’un livre est un travail minutieux et collaboratif qui dure en moyenne six mois, de la sélection rigoureuse des images à l’impression en offset, en passant par la conception graphique et la photogravure.

« Le livre, dans 100 ans, quelqu’un pourra aussi le voir. Il faut essayer de faire le moins d’erreurs possibles », confie-t-elle pour souligner l’exigence de chaque étape.

Une ligne éditoriale en mouvement

Si Chose Commune s’est fait un nom dans le livre de photographie, sa ligne éditoriale s’est élargie. Depuis 2019, la maison s’est ouverte au dessin et aux œuvres sur papier, notamment avec la collection « Coup de crayon ». L’année 2020, bien que perturbée par la crise sanitaire, s’annonce particulièrement riche, avec un fort accent mis sur la scène japonaise, grâce à des projets avec les photographes Issei Suda et Rinko Kawachi. Cécile Poimboeuf-Koizumi souligne combien sa maîtrise de la langue et sa connaissance de la culture japonaise sont des atouts précieux. Elle évoque également un projet plus personnel, un livre co-écrit avec le chercheur Stephen Alcock sur la représentation des mains dans l’art.

Cette diversification témoigne d’une vision de l’édition qui dépasse les frontières d’un seul médium, guidée par la nécessité et la pertinence de chaque projet.

Les références de l’épisode

  • Chose Commune (maison d’édition)
  • Vassanta Yogan Anton (photographe)
  • Issei Suda (photographe)
  • Rinko Kawachi (photographe)
  • Raymond Mix (photographe)
  • Stephen Alcock (écrivain et chercheur)
  • Marion Islelle
  • Musée de la photographie à Tokyo
  • FNAC
  • Agence Vue
  • Les Artisans du Regard (photogravure)
  • Centre National d’Art Plastique
  • Offprint London (salon d’édition)
  • Collection « Coup de crayon »

Au fil de l’épisode

  • Le parcours de Cécile Poimboeuf-Koizumi, entre une enfance en Asie et des études de langues en France.
  • Son stage révélateur au musée de la photographie de Tokyo.
  • Ses premières expériences professionnelles à la FNAC et à l’agence Vue.
  • La rencontre avec le photographe Vassanta Yogan Anton et la genèse de Chose Commune.
  • La création de la maison d’édition en 2014, d’abord comme association.
  • Le passage en SARL en 2016 et l’évolution du rythme de publication.
  • La signification du nom « Chose Commune », inspiré du latin res communis.
  • Son rôle de seule gestionnaire au quotidien de la maison d’édition.
  • L’évolution du marché du livre photo et le boom de l’auto-édition au milieu des années 2010.
  • Le modèle économique de Chose Commune : auto-diffusion et vente ferme.
  • Les étapes de la fabrication d’un livre, de l’éditing à l’impression.
  • L’importance du calage en imprimerie, un moment crucial où l’artiste est souvent présent.
  • Les différentes sources de financement : fonds propres, aides publiques (CNAP), mécénat.
  • Le contrat avec les photographes : droits d’auteur ou rémunération en exemplaires.
  • Les projets de 2020, bousculés par la crise du Covid-19.
  • La publication d’un livre posthume du photographe japonais Issei Suda.
  • Un projet personnel sur la représentation des mains dans l’art, avec Stephen Alcock.
  • La gamme de prix des livres, pensée pour rester accessible.
  • La charge administrative et logistique que représente la gestion d’une maison d’édition.
  • Ses sources d’inspiration : la littérature, la céramique, la peinture et le dessin.
  • Ses conseils pour se lancer dans l’édition : énergie, pragmatisme et plaisir.

FAQ

Qui est Cécile Poimboeuf-Koizumi ?

Cécile Poimboeuf-Koizumi est la cofondatrice et directrice de la maison d’édition Chose Commune, spécialisée dans les livres de photographie et d’art. Issue d’une double culture franco-japonaise, elle a d’abord suivi des études de langues avant de se tourner vers le monde de l’art par le biais d’expériences professionnelles. Elle gère aujourd’hui seule au quotidien la maison qu’elle a fondée en 2014, de la direction artistique à la gestion administrative.

Qu’est-ce que la maison d’édition Chose Commune ?

Chose Commune est une maison d’édition indépendante française créée en 2014. Initialement centrée sur le livre de photographie, sa ligne éditoriale s’est depuis ouverte au dessin et aux œuvres sur papier. Elle se distingue par son modèle de distribution autonome et ses relations directes avec les libraires. La maison est reconnue pour la grande qualité de ses ouvrages et son accompagnement sur le long terme des artistes qu’elle publie.

Comment Chose Commune finance-t-elle ses livres ?

La maison d’édition finance principalement ses publications sur fonds propres, en investissant dans chaque projet. Les ventes des livres permettent ensuite de réinvestir dans les projets suivants. Pour certains ouvrages, Chose Commune peut également solliciter des aides publiques, comme celle du Centre National d’Art Plastique (CNAP), ou mettre en place des partenariats avec des mécènes, des collectionneurs ou des galeries qui s’engagent à acheter un certain nombre d’exemplaires.

Quelle est la particularité du modèle de distribution de Chose Commune ?

À l’exception du Japon et des États-Unis où elle a des distributeurs, la maison Chose Commune s’auto-diffuse dans le reste du monde. Cécile Poimboeuf-Koizumi gère elle-même les relations avec les libraires. Ce modèle lui permet de travailler sur la base de l’achat ferme, c’est-à-dire que les libraires ne peuvent pas retourner les invendus. Cette approche, rare dans le secteur, lui offre une meilleure visibilité financière et favorise des liens de confiance solides.


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