Un parcours international
Emilia Genuardi raconte un début de vie cosmopolite, entre une naissance à Téhéran, une enfance à Rome puis une scolarité internationale au Luxembourg. C’est en partant étudier l’histoire de l’art et l’architecture à Manchester qu’elle découvre sa passion pour la photographie, non pas par la prise de vue, mais par la pratique du tirage en chambre noire. Elle y trouve un espace de calme et d’expérimentation qui la marque durablement. Arrivée à Paris, elle souhaite se lancer dans ce milieu mais doit d’abord faire ses preuves. Son premier emploi est celui de coursier pour une agence de presse photo, PPCM, où elle livre les tirages aux rédactions des plus grands magazines.
C’est un événement mondial qui va accélérer sa carrière : les attentats du 11 septembre 2001. Seule bilingue de l’agence, elle est chargée de gérer un partenariat avec le New York Daily Mail, recevant les images en temps réel. « De coursier, je suis devenue commerciale », explique-t-elle.
Au cœur des agences photo
Lassée par la photographie people, Emilia Genuardi est déterminée à travailler avec ce qu’elle appelle de « belles photos ». Elle frappe à la porte de l’agence d’auteurs Métis et, à force de persévérance, y décroche un poste. Pendant près de dix ans, aux côtés de Frédéric Rossi et Séverine Morel, elle sera agent presse et directrice de production, défendant le travail personnel des photographes comme une signature essentielle, y compris pour la commande. Ce parcours la mènera ensuite chez Hachette Filipacchi puis au sein de la mythique agence Rapho. Après la naissance de ses enfants, elle décide de se reconvertir et devient directrice artistique de la Galerie Madé, à Paris.
Cette nouvelle expérience la confronte à la réalité des foires d’art. Elle observe un modèle souvent quantitatif, où les galeries sont « pieds et poings liés », et où la singularité des œuvres peut se perdre. C’est de ce constat que naît sa réflexion pour un autre type d’événement.
La naissance d’Approche
L’idée du salon Approche germe lors d’une discussion avec Sophie Rivière, alors galeriste. Leur ambition : créer un salon avec un vrai projet curatorial, à taille humaine, où le visiteur pourrait se souvenir de chaque œuvre vue. Le concept est de rassembler des galeries d’art contemporain et des galeries photo, deux mondes qui se côtoient peu en France, autour d’artistes qui expérimentent le médium photographique au-delà du cadre traditionnel. Lancé en 2017, le salon se distingue par son modèle : la sélection se fait d’abord sur les artistes, avant de solliciter les galeries. Le succès est au rendez-vous et le projet évolue avec l’arrivée d’Elsa Janssen, avec qui elle s’associe pour fonder Accroche, une société de production d’événements culturels.
Face à la crise de 2020, Approche a su faire preuve d’agilité en proposant une édition exceptionnelle, non pas dans un lieu unique, mais au sein même de plusieurs galeries partenaires, et en se consacrant exclusivement aux pièces uniques. « C’est notre liberté », conclut-elle.
Pour aller plus loin
Les références de l’épisode
- Personnes : Sophie Rivière, Elsa Janssen, Frédéric Rossi, Séverine Morel, Emmanuel Fructus, Marie-Paul Nègre, Jérôme Brésillon, Patrick Messina, Xavier Lambourg, Luc Choquer, Martine Voyeux, Mark Steinmetz, Edouard Toffenbach, Léa Chauvel-Lévy, Régis Campot, Véronique Sutra.
- Organisations et lieux : Salon Approche, Accroche Production, Galerie Madé, Agence Métis, Hachette Filipacchi, Agence Rapho, Agence Magnum, Agence Vue, Tendance Floue, L’Œil Public, PPCM, New York Daily Mail, FIAC, Paris Photo, Paris College of Art (PCA), Eyes in Progress, Fondation Swiss Life.
- Prix : Prix Swiss Life à quatre mains.
- Matériel : Appareil photo Nikon FM2.
Au fil de l’épisode
- Son enfance cosmopolite entre Téhéran, Rome et le Luxembourg.
- Ses études d’histoire de l’art à Manchester et sa découverte de la photographie par le tirage en chambre noire.
- Son arrivée à Paris et ses débuts comme coursier pour une agence de presse photo.
- La bascule vers un poste de commerciale après les attentats du 11 septembre 2001.
- Son entrée à l’agence de photographes d’auteurs Métis et son rôle d’agent.
- Son parcours au sein des agences Hachette Filipacchi et Rapho.
- Sa reconversion comme directrice artistique de la Galerie Madé.
- La genèse du salon Approche : une réflexion sur le modèle économique et curatorial des foires d’art.
- Le concept d’Approche : un salon à taille humaine, centré sur l’expérimentation et les solo shows.
- L’association avec Elsa Janssen et la création de la société de production Accroche.
- Son activité de formatrice pour photographes professionnels.
- Ses conseils pour entreprendre : suivre son instinct et communiquer pour tester ses idées.
- La vision d’avenir pour les salons et l’édition 2020 d’Approche, dédiée aux pièces uniques.
FAQ
Qui est Emilia Genuardi ?
Emilia Genuardi est la co-fondatrice du salon Approche, dédié à l’expérimentation photographique, et de la société de production d’événements culturels Accroche. Après des études d’histoire de l’art en Angleterre, elle a travaillé à Paris dans plusieurs agences de photographes prestigieuses comme Métis et Rapho, d’abord comme commerciale puis comme agent et directrice de production. Elle a ensuite été directrice artistique de la Galerie Madé avant de lancer son propre salon en 2017.
Qu’est-ce que le salon Approche ?
Approche est un salon parisien créé en 2017 par Emilia Genuardi et Sophie Rivière, dédié à l’expérimentation du médium photographique. Il se distingue des foires traditionnelles par son format à taille humaine, son projet curatorial fort et sa volonté de décloisonner les genres en invitant des galeries d’art contemporain et de photographie. Le salon met en avant des artistes qui sortent du cadre, en présentant par exemple des photographies sur des supports variés comme le verre ou le plâtre.
Pourquoi Emilia Genuardi a-t-elle créé le salon Approche ?
En travaillant comme directrice artistique en galerie, Emilia Genuardi a constaté les limites des grandes foires d’art, qu’elle jugeait trop basées sur un modèle quantitatif et manquant parfois d’un projet curatorial fort. Elle a voulu créer une alternative : un événement où l’on prendrait le temps de découvrir en profondeur l’univers d’un artiste, notamment via des solo shows, et où la qualité et la singularité des œuvres primeraient sur la quantité.
Quels conseils donne-t-elle pour lancer un projet culturel ?
Emilia Genuardi donne deux conseils principaux. Le premier est d’analyser les modèles existants pour comprendre le secteur, mais surtout de ne pas les copier et de suivre son propre instinct pour inventer une proposition nouvelle. Le second conseil est de communiquer au maximum sur son idée en amont, de bien s’entourer et d’écouter les retours pour tester le concept et le faire évoluer dans la bonne direction.

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