Des Arts Déco au collectif
Guillaume Binet retrace son parcours, depuis ses études de médecine rapidement abandonnées pour la photographie. Il choisit de passer par les Arts Déco à Paris, considérant que la maîtrise du dessin est un atout pour un photographe. Cette formation pluridisciplinaire lui apprend surtout à regarder les choses différemment. À sa sortie d’école, il monte une première structure avec son ami Owen Kim, puis travaille pour la presse où il rencontre Lionel Charrier. C’est avec lui qu’il décidera de fonder l’agence MYOP.
« Je ne sais pas si j’ai appris beaucoup de choses en photo aux arts déco, mais j’ai eu des profs qui m’ont appris à dessiner, appris à regarder les choses un peu différemment, et je pense que ça m’a donné un petit avantage. »
La naissance de MYOP
L’agence voit le jour il y a une quinzaine d’années, à un moment charnière : la transition de la photographie argentique vers le numérique. Face à cette révolution technique et à la nécessité de s’adapter, Guillaume Binet et Lionel Charrier ressentent le besoin de s’unir. L’idée fondatrice de MYOP est de mutualiser les forces et les compétences pour créer un outil commun, une base de données pour diffuser leurs images, tout en préservant leur indépendance de photographes. Le collectif se constitue de manière empirique, autour d’amis photographes aux profils complémentaires, sans aucun moyen financier au départ.
L’objectif était de « se réunir pour essayer de mutualiser nos forces et créer un outil qui nous permette de rester indépendants, libres ».
Un modèle à part
Guillaume Binet détaille le fonctionnement singulier de MYOP. La relation avec les dix-neuf photographes membres repose plus sur des chartes de bonne conduite que sur des contrats rigides, afin de préserver la liberté de chacun. Le modèle économique est pensé pour ne pas grever les revenus déjà précaires des photographes. Une cotisation couvre les frais fixes de la structure, mais les premières ventes d’un reportage reviennent en grande partie au photographe. L’agence se rémunère principalement sur la diffusion des archives, c’est-à-dire des photos déjà publiées.
Si la presse reste une vitrine importante, elle n’est plus la source principale de revenus. MYOP travaille de plus en plus avec des fondations, des institutions culturelles, des galeries et des festivals.
Quinze ans de reportage
Au fil des années, l’agence a couvert de nombreux événements majeurs, qui sont autant de moments forts de son histoire collective. Guillaume Binet cite notamment les élections présidentielles, le printemps arabe, l’incendie de Notre-Dame de Paris ou plus récemment le confinement. Le nom même de l’agence, MYOP, est un acronyme tiré d’un vers de Paul Éluard, « Mes Yeux, Objet Patient », qui reflète cette volonté de poser un regard singulier sur le monde. Il dresse cependant un constat lucide sur l’évolution du métier : la place accordée aux séries photographiques dans la presse se réduit comme peau de chagrin.
« On a beaucoup de choses à dire avec les images et que c’est un médium qui est magnifiquement populaire, démocratique, que tout le monde peut comprendre et qui malheureusement est réduit de plus en plus. »
Aimer son métier
En parallèle de la gérance de MYOP, Guillaume Binet mène de nombreux projets personnels, comme des livres ou la création d’une galerie, qui nourrissent sa pratique. Il envisage même de s’intéresser au documentaire filmé, y voyant un nouvel espace d’expression. Aux jeunes qui souhaitent se lancer dans le reportage, il donne un conseil essentiel : aimer passionnément ce métier. Il met en garde contre la recherche de la reconnaissance immédiate et les risques inutiles. Pour lui, la clé est de ne pas rester seul, de s’allier à d’autres pour apprendre, avancer et se sentir plus fort dans un milieu difficile.
« C’est un métier très rapidement on peut être très seul […] si j’avais un conseil réel à donner c’est d’essayer de s’allier pour se sentir moins seul. »
Pour aller plus loin
Les références de l’épisode
- Action contre la faim
- Agence Magnum
- Agence Viva
- Arts Déco (Paris)
- Claudine Mojandre
- Collectif Le Public
- Collectif Tendance Loup
- Éditions Robert Laffont
- Festival d’Arles
- Festival Visa pour l’Image
- France Inter
- François Hollande
- Fred Stussin
- Galerie La Petite Poudre Noire
- Jean-François Leroy
- Lionel Charrier
- Livre « L’Amérique des écrivains »
- Livre « Ce que je vois, photographier pour témoigner »
- Livre « Politique Payette »
- Owen Kim
- Paul Éluard
- PixPalace
- Projet « Cliché de campagne »
- Projet « Sinédier »
Au fil de l’épisode
- Le parcours de Guillaume Binet : des études de médecine aux Arts Déco.
- Ses débuts comme photographe et la création d’une première structure, L’arme à l’œil.
- La rencontre avec Lionel Charrier et la genèse de l’agence MYOP.
- Le contexte de la création de l’agence : la transition de l’argentique au numérique.
- La philosophie de MYOP : mutualiser les forces pour rester indépendants et libres.
- Les débuts empiriques de l’agence, sans moyens financiers.
- Le fonctionnement des contrats et la relation de confiance avec les photographes.
- Le modèle économique : les premières ventes pour le photographe, l’agence se rémunérant sur les archives.
- La diversification des clients au-delà de la presse : fondations, galeries, festivals.
- Les moments forts de l’agence : les élections présidentielles, Notre-Dame, le projet sur le confinement.
- L’origine du nom MYOP, inspiré d’un vers de Paul Éluard.
- Le constat d’une place de plus en plus réduite pour la photographie dans la presse.
- Le rôle des festivals comme Arles et Visa pour l’Image dans le développement de l’agence.
- Ses activités personnelles en parallèle de MYOP : livres, galerie, enseignement.
- Ses conseils aux jeunes photographes : la passion, la prudence et la force du collectif.
FAQ
Qui est Guillaume Binet ?
Guillaume Binet est le cofondateur et gérant de l’agence de photographes MYOP, spécialisée dans le reportage et les sujets sociaux. Formé aux Arts Déco à Paris, il a d’abord mené des études scientifiques avant de se consacrer à la photographie. Il a créé MYOP avec Lionel Charrier pour mutualiser les forces des photographes indépendants. En parallèle, il mène des projets personnels comme des livres et a fondé une galerie.
Pourquoi l’agence de photographes MYOP a-t-elle été créée ?
L’agence a été fondée il y a une quinzaine d’années par Guillaume Binet et Lionel Charrier dans un contexte de transition de l’argentique vers le numérique. L’objectif était de se réunir pour mutualiser les forces, créer un outil commun pour diffuser les photos et rester indépendants. Il s’agissait de s’allier pour ne pas être seul et pouvoir rivaliser avec des structures plus importantes.
Que signifie le nom de l’agence MYOP ?
MYOP est un acronyme tiré d’un vers du poète Paul Éluard : « Mes Yeux, Objet Patient ». Guillaume Binet a choisi ce nom pour sa sonorité et la possibilité de jouer avec les significations. Il évoque aussi l’expression anglaise « My Opinion » (mon opinion), ce qui correspond bien à l’approche subjective et engagée des photographes de l’agence.
Quel est le modèle économique de l’agence MYOP ?
L’agence fonctionne sur un modèle économique que Guillaume Binet qualifie de précaire. Les photographes paient une cotisation pour couvrir les charges fixes. Pour les commandes, les premières ventes d’un reportage reviennent majoritairement au photographe. L’agence prend ensuite un pourcentage plus élevé sur la vente des photos considérées comme des archives, c’est-à-dire des images déjà vendues une première fois.
Quels conseils Guillaume Binet donne-t-il aux photographes qui débutent ?
Il insiste sur la nécessité d’aimer profondément ce métier, car il est précaire et difficile. Il conseille de ne pas chercher immédiatement la reconnaissance ou les sujets les plus spectaculaires, mais de prendre le temps d’apprendre et de développer sa propre écriture. Surtout, il recommande de ne pas rester seul, de s’allier avec d’autres photographes pour être plus forts et s’entraider.

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